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Publié le par Alliance royale législatives 2012

Royaliste, mais pas plus que le roi

Parti souverainiste réclamant l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, l’Alliance royale présente 34 candidats cette année aux législatives, dont cinq dans le seul département d’Indre-et-Loire. La présence de très nombreux châteaux en Touraine n’y est pour rien. Il se trouve simplement que le secrétaire général de cette microformation politique (500 membres) s’est installé, la retraite venue, dans un village des environs de Loches et qu’il a "fédéré" autour de lui un certain nombre de sympathisants. L’homme s’appelle Robert de Prévoisin, il a 66 ans et a vendu des cannes à pêche avant de travailler dans le bâtiment, puis de monter sa propre affaire de vente et de location de matériel médical. Lui-même candidat aux législatives, il s’est rendu spécialement pour nous jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps, bastion communiste faisant partie de la circonscription où il postule. Le rendez-vous avait été fixé devant la mairie, place Maurice-Thorez.

Robert de Prévoisin, un candidat royaliste place Maurice-Thorez à Saint-Pierre-des-Corps. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

S’il porte un nom à particule, M. de Prévoisin ne se connaît aucun ancêtre issu de la noblesse ou de sang royal. Ce nostalgique de Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais trouvé homme politique en phase avec ses idées depuis la défaite de l’ancien président, en 1981. C’est en cherchant sur Internet qu’il découvre l’existence de l’Alliance royale, créée en 2001 par l’universitaire Yves-Marie Adeline, un proche des milieux légitimistes, père de huit enfants et ancien conseiller de l'ancien maire (ex-Front national) de Toulon, Jean-Marie Le Chevallier. Venu assister à son université d’été, M. de Prévoisin en sort littéralement  "convaincu". Il en deviendra plus tard le secrétaire général. Sous sa houlette, l’Alliance royale se lance à l’assaut des élections européennes de 2009, où elle réalisera le score infinitésimalement bas de 0,025 % des suffrages (soit 4 200 voix). En 2011, M. de Prévosin s’est également présenté à titre individuel aux cantonales, chez lui, où il a obtenu 0,6 % des voix.

Outre l’accession d’une tête couronnée au pouvoir, l’Alliance royale entend combattre la République dans la légalité et prône le retour à un régime qui restaurerait la France sur ses "racines chrétiennes", actuellement menacées d’"euthanasie", d’après son secrétaire général. Le parti est contre l’avortement et pour une répression ferme de la délinquance ; il est aussi favorable aux référendums d’initiative populaire et à l’augmentation des allocations familiales. "Il n’y a pas plus social que les monarchistes. On est social, pas socialiste", martèle M. de Prévoisin qui, le 6 mai, a voté Nicolas Sarkozy pour ne pas avoir à donner son bulletin à François Hollande.

SUR LE TRÔNE

L’Alliance royale a également tenté à deux reprises de présenter un candidat à la présidentielle, en vain. S’il était élu, la première chose que ferait un président royaliste serait de se tourner vers la famille de France pour désigner celui (ou celle) qui monterait sur le trône. Orléanistes, légitimistes, mais aussi même simples quidams, auraient alors leurs chances à parts égales sur le chemin de Reims. "Cela peut être vous", lance l'"adynastique" M. de Prévoisin, également président d'une chorale et d'un club du troisième âge.

La proposition est très aimable, on y réfléchira.

Pour l’heure, M. de Prévoisin se confronte, chaque jour, aux réalités d’une campagne faite avec les moyens du bord (3 000 euros de budget), collant ses propres affiches et organisant un minimum de réunions publiques (trois). Le candidat n’est pas à plaindre, néanmoins, comparé à ses camarades de scrutin. En raison d'un malentendu, l’imprimeur sollicité pour réaliser le matériel de campagne n’a pu fournir dans les délais que 100 000 professions de foi au lieu des 500 000 prévues. Les quatre autres candidats royalistes d’Indre-et-Loire ont alors décidé de les laisser entièrement à M. de Prévoisin, afin d’augmenter ses chances de faire un meilleur score. L’Alliance royale a décidément du mal avec les usages électoraux. Pour les européennes de 2009, elle n’avait pas pu produire – faute d’argent – les bulletins de vote généralement envoyés par La Poste aux électeurs. La seule solution était alors de les imprimer sur Internet…

Réunion publique du parti de l'Alliance Royale à Amboise. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

Ce soir-là, M. de Prévoisin a poursuivi son chemin jusqu’à Amboise pour aller soutenir Josette Constant, candidate souverainiste dans la circonscription voisine.

Amboise et son château construit par Charles VIII, agrandi par Louis XII et François Ier… Amboise, bercée par la Loire, fleuve royal s’il en est… Rien à faire ! La réunion publique, organisée dans une petite salle jouxtant le théâtre municipal, fait un bide… royal : un seul curieux s’est déplacé (en plus des trois sympathisants habituels venus garnir la salle, dont le mari de la candidate, également candidat dans une autre circonscription).

Les absents ont raté quelque chose. Devant son modeste auditoire, Mme Constant enchaîne les perles avec un aplomb stupéfiant. "La suppression de la peine de mort en France aurait mérité un référendum, plutôt que d’être votée à 2 heures du matin par trois députés qui se battent en duel", ose-t-elle notamment. Passons sur le reste.

En quittant Saint-Pierre-des-Corps, une heure plus tôt, M. de Prévoisin citait… Mao Tsé Toung dans sa voiture : "La route est longue." On ne saurait mieux dire.

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